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J’ai été juré sur le France Beer Challenge

J’ai été juré sur le France Beer Challenge

Observer, sentir, déguster, recracher, noter, recommencer… C’est le rituel immuable lorsque l’on est juré au France Bière Challenge, la déclinaison française du Brussel Beer Challenge, l’un des concours brassicoles les plus réputés qui se réunissait pour sa 3ème édition à Lille les 31 mars et 1er avril dernier. Un concours pour lequel j’ai eu l’honneur de participer en tant que juré. Une expérience assez unique pour laquelle je vous embarque à ma table de dégustation, histoire de parler carbonatation et diacétyle.

Depuis quelques années maintenant, l’offre en matière de brasseries explose, des styles de bières se créent, les références se démultiplient et donc le « territoire bière » s’élargit au risque de perdre en plus en plus un consommateur en manque de repères. Or, des repères, c’est justement ce que proposent les concours brassicoles qui fleurissent maintenant depuis plusieurs années un peu partout, et notamment en France.

Dans la grande jungle des concours, le FBC fait autorité

La pratique n’est pas nouvelle, elle a déjà largement été éprouvée dans le milieu viticole. D’ailleurs, qui parmi nous ne s’est jamais dit, a la vision d’un petit macaron doré sur une bouteille inconnue : « Ah tiens, si celle-là a eu la médaille d’or au concours de -ville de votre choix-, c’est que ça doit être du bon », alors qu’on ne connaissait ni le concours, ni la ville. Et en effet, l’importance de ces récompenses se vérifie puisqu’on estime à +15/+20% la hausse des ventes pour une bière arborant le macaron du Concours Général Agricole (source : le monsieur qui faisait le brief des jurés lors du CGA dans la catégorie bières pour lequel j’étais également juré. Oui je fais pas mal de concours en tant que jurés finalement).

Alors, on ne va pas rentrer dans le débat sur la qualité, le nombre, ou la pertinence de tous les concours brassicoles qui se multiplient depuis quelques années, mais la seule chose que je peux dire pour avoir été de l’autre côté du macaron, c’est-à-dire derrière la table des dégustateurs, c’est que le France Bière Challenge (FBC pour les intimes), répond à des réels critères de neutralité et de professionnalisme, qui en font une marque de confiance. Pourquoi ? Tout simplement parce que les dégustations se font réellement à l’aveugle, que les catégories sont très bien pensées et que les juré.es sont parmi les meilleur.es du secteur brassicole.

Spiderman chez les zythologues

Alors bien sûr, je n’aurais pas la prétention de me classer parmi le ghota des dégustateurs internationaux qui sont présents au FBC, mais je n’ai pu que constater le gros niveau, rien qu’à ma table de dégustation. Entre Franck Boon, dirigeant historique de la brasserie belge éponyme, Philippe Janssens, bio-ingénieur et responsable technique chez Fermentis, ou encore Marco Lauret, maître brasseur hollandais chez Duits & Lauret, on peut dire que les sens sont affutés et les connaissances aiguisées. Autant dire également, que lorsque ces gens parlent de bières, de défauts ou de process, on les écoute et on apprend.

Passé cette première impression d’être Spiderman lors de sa première rencontre avec les Avengers, c’est-à-dire impressionné et dans ses petits souliers mais voulant quand même faire partie de l’équipe, je m’aperçois rapidement que l’ambiance sera chaleureuse et ce, même lorsque les échanges se font en anglais (coucou la team LV1 du collège…). Tout semble alors ok pour commencer les dégustations.

Une course de fond brassicole

Chaque table connait dès le départ son programme de dégustation pour les deux jours de compétition, qui sera forcément différent d’une table à l’autre tant les catégories sont nombreuses. En ce qui me concerne, ce sera pils/lager puis bières expérimentales. On est donc clairement sur un grand écart entre les lagers, soit le style de base, le plus répandu sur la planète et la catégorie « expérimentale », donc en gros, tout ce qui n’entre pas dans l’une des 42 catégories déjà établies, à savoir des bières avec infusions de plantes, épices, etc.

Le planning étant connu et les jurés bien installés, arrive alors la « bière de calibrage », à savoir le breuvage étalon qui permet de se mettre le palais en condition avant d’enchaîner les nombreuses dégustations de la première série. Puis la course de fond peut commencer et les échantillons défiler sur notre table dans un grand ballet de service – toujours impeccable – orchestré par les étudiantes et étudiants de la Chambre des Métiers de Lille, hôte des deux jours de compétition.

Je dois avouer que sur les 3 ou 4 premiers échantillons, je suis un peu perdu, j’ai l’impression que tout se ressemble et j’envisage déjà la journée comme un long moment de honte à passer face aux professionnels aguerris de la table. Et puis, le palais s’affine, les nuances se précisent, et j’entre enfin dans les discussions et les débats avec mes camarades. Contre toute attente, j’arrive à définir une hiérarchie des bières dégustées, je reviens à de précédents échantillons pour comparer… bref, je me prends au jeu et je remplis mes fiches de dégustation de plus en plus précisément.

Beaucoup de bières prétendantes, peu de médaillées

Au fil de la journée, je m’aperçois que le niveau de la quarantaine d’échantillons proposés est homogène et que, hormis quelques ratés assez flagrants, le niveau général est plutôt resserré. Toutefois, lorsque l’on arrive à la fin de la série des lagers, nous sommes tous assez unanimes sur le quatuor de tête qui s’est finalement dégagé assez facilement. Reste donc à discuter et argumenter entre nous afin de déterminer quelle médaille sera attribuée à quelle bière, avec intervention du Président de table (Franck Boon) si nécessaire en cas de blocage des votes. Ce sera chose faite quelques minutes plus tard avec deux médailles d’or, une d’argent et une de bronze, pour des brasseries dont nous ignorons donc encore le nom.

Le temps de compléter les derniers documents et d’échanger avec les juré.es des tables voisines, la journée s’achève et il déjà temps d’aller prendre le bus qui nous attend pour la visite du Campus Fermentis. Installé en périphérie de Lille, à Marquette-lez-Lille plus précisément, dans un bâtiment flambant neuf qui accueille les équipes de la filiale « bière » de Lesaffre, le géant de la levure et partenaire du concours. Nous avons droit à une présentation très précise de l’entreprise, de ses produits et de ses objectifs, puis à une visite exhaustive des locaux, dont la salle de brassage « test » qui ferait pâlir plus d’une brasserie… S’ensuit alors la soirée festive, toujours dans les locaux du Campus, mais cette fois dans la partie bar, qui se terminera relativement tôt. Sauf pour certaines et certains un peu moins sages…

La qualité OK, mais la quantité dans tout ça ?

Le lendemain, tout le monde se retrouve à la Chambre des Métiers de Lille, prêts à repartir sur une matinée de dégustation, matinée qui portera donc sur les bières expérimentales pour notre table. D’ailleurs, et je ne sais pas si c’est une question de génération ou d’inexpérience technique (le style lager étant extrêmement difficile à juger selon moi), mais je me sens beaucoup plus à l’aise que mes camarades de table pour juger des bières vieillies, des bières brettées ou des bières infusées. Alors forcément, la catégorie étant plus confidentielle que celle des lagers, nous n’avons cette fois qu’une vingtaine d’échantillons à déguster, mais là encore, le podium se dégage assez facilement.

Au total, et si vous avez bien suivi cet article, ce seront donc plus de 60 bières qui auront été proposé à mon frêle palais. Alors à la question qu’on m’a souvent posée : « Mais t’avais pas un coup dans l’aile après toutes ces dégustations ? », la réponse est assez surprenante, en fait non, pas ou peu. En effet, les quantités dégustées sont infimes, pas plus de 2 ou 3 gorgées, que l’on recrache (ou pas, c’est selon l’envie de chacun).

La principale difficulté n’est donc pas la quantité bue, mais la quantité d’échantillons à gouter puisque, par respect pour la brasserie qui a fait l’effort d’inscrire sa ou ses bières dans le concours, on se doit de rester le plus objectif possible dans la dégustation des produits, et ce avec la même exigence de la première à la dernière bière dégustée. Autant vous dire que les carafes d’eau, les crackers et les gressins présents sur la table pour remettre le palais à zéro sont mis à contribution assez rapidement et en quantité importante.

Si je devais donc résumer mon expérience en tant que juré du France Bière Challenge, je n’en retiendrai que du positif. Tout d’abord sur le plan des rencontres, car c’est extrêmement enrichissant de passer deux jours entouré d’expertes et d’experts de la bière, de tous horizons. Que ce soit lors des échanges à la table ou en dehors, on apprend énormément et on tisse des liens (ce qui reste tout de même l’un des atouts de la bière quoiqu’on en dise). Ensuite, au niveau de l’expérience gustative, le fait de se concentrer sur de la dégustation d’autant d’échantillon permet vraiment de progresser et d’affiner son palais. Enfin, d’un point de vue consommateur, voir le fonctionnement du concours rassure fortement sur les critères d’attribution des médailles et donc sur la légitimité du FBC. L’organisation est vraiment carrée et la dégustation se fait réellement à l’aveugle par un jury de professionnel.les. D’ailleurs, la surprise a été totale pour moi lorsque j’ai eu la liste des bières lauréates du concours et donc le nom de celles primées à notre table (+ajouter le lien du site FBC), car pour une bonne partie d’entre elles, je n’aurais pas pensé les placer dans mon trio de tête. Comme quoi les concours peuvent être l’occasion de belles découvertes, aussi bien pour le consommateur perdu que pour le juré lui-même…

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